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Joinville-le-Pont au jour le jour

Joinville-le-Pont au jour le jour

La vie locale sur les bords de Marne


Hollande, Joinvillais insoumis

Publié par Benoit Willot sur 24 Novembre 2012, 00:04am

Catégories : #histoire

Hollande, l’insoumis ? Je ne veux évidemment pas parler du président de la République, bien qu’il ait plusieurs fois visité Joinville et qu’on ne peut le soupçonner d’être soumis à qui que ce soit. Je veux évoquer un de ses homonymes, qui vécut à Joinville-le-Pont pendant des heures sombres, avant de marquer par son action la vie sociale de l’après-guerre.

Jacques Hollande naît le 13 février 1901 dans le 16e arrondissement de Paris. Par son père, Jules, il descend d’Henri Dubois-Fournier (1768-1844), commerçant dans le nord de la France qui mena de nombreuses missions pour le rétablissement de l’Église catholique en après la Révolution française. Par sa mère, Ghislaine Berthier de Lasalle (1877-1935), il était lié aux princes Murat, noblesse d’empire. Son étoile le plaçait donc plutôt parmi les couches les plus aisées de la société française.

Il choisit pourtant de devenir prêtre, et de s’engager résolument aux côtés la classe ouvrière. Luc Perrin, maître de conférences à la faculté de théologie catholique de l'Université de Strasbourg, livre en 2009 un témoignage sur ce parti-pris : « Je me souviens du chanoine Hollande qui avait été chargé par le cardinal Suhard de les diriger les prêtres ouvriers à Paris et qui me confiait, un peu gêné et quasi en confidence, qu'il était apparenté aux princes Murat, noblesse d'Empire certes mais fort loin du prolétariat. »

C’est en 1926 que Hollande devient prêtre à Issy-les-Moulineaux. Le diocèse de Paris couvrait à cette époque la ville-capitale, mais aussi l’essentiel des trois départements actuels de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne). Il sera ensuite vicaire de Saint-Joseph-des-Épinettes, dans le 17e arrondissement ; c’est sans doute à ce moment qu’il devient aumônier de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC).

Toujours vicaire, il rejoint Levallois-Perret en 1934 puis comme premier vicaire Notre-Dame-de-Lorette (9e arrondissement de Paris).

Il est nommé curé en pleine guerre, se voyant attribuer la charge de la paroisse Sainte-Anne de Polangis à Joinville-le-Pont en juillet 1942. La paroisse avait été créée en 1910 et la petite église aurait dû être remplacée par un nouvel édifice, « Notre-Dame du cinéma », projet arrêté avec le conflit et mondial et jamais repris ensuite.

Sa présence sur les bords de Marne restera assez brève. En effet, en novembre 1943, le cardinal Suhard le nomme supérieur de la Mission de Paris. Six autres prêtres venaient de refuser la fonction.

Archevêque de Paris depuis 1940, Mgr Suhard, se préoccupe de la déchristianisation et notamment celle des couches populaires. Il fonde la Mission de France en juillet 1941 puis  la Mission de Paris en juillet 1943. L’objectif que se donnent les six prêtres regroupés autour de Jacques Hollande est « d’insérer un christianisme ‘très pur’ dans la culture ouvrière pour la ‘surélever’ et inciter la communauté chrétienne à purifier son propre christianisme » d’après l’historien Guillaume Cuchet.

La Mission de Paris sera la matrice de la naissance des prêtres-ouvriers. C’est en 1947 que, sur autorisation du pape, des ecclésiastiques décident d’aller travailler en usine ou sur des chantiers. Beaucoup d’entre eux s’engagent dans l’action sociale, devenant même parfois responsables de syndicats Cgt. En 1953, le pape mettra fin provisoirement à l’expérience, provoquant de douloureux troubles parmi ceux qui exerçaient cette fonction.

Beaucoup d’entre refuseront de redevenir des prêtres ordinaires, et Jacques Hollande, qui n’était pas lui-même prêtre ouvrier, les défendra en restant à son poste à la tête de la Mission de Paris. Ils sont qualifiés d’« insoumis » au sein de l’église catholique. Élevé à la dignité de chanoine en 1948, Hollande fait partie des chrétiens qui s’opposent à la bombe atomique en 1949 autour de l’appel de Stockholm.

Après la fin de la Mission de Paris, il redevient curé de la Trinité (Paris, 9e) en 1957. Il sera le porte-parole du clergé parisien lors des travaux préparatoires au concile Vatican II en 1964. Après le concile, en 1965, les prêtres-ouvriers sont à nouveau autorisés.

Le chanoine Hollande décède le 28 décembre 1991 dans le 14e arrondissement de Paris.

 Suhard_Hollande_1944.jpg

Jacques Hollande (à dr.) et le cardinal Suhard, 1944

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Commenter cet article

Théobald 28/01/2013 20:12


Un Monseigneur parisien de mes amis m'assure que le chanoine Hollande est l'oncle du président de la République. Vrai ou faux ?

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